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Petit traité des réponses universelles...ou comment occuper beaucoup de temps sans jamais répondre.

Petit traité des réponses universelles...ou comment occuper beaucoup de temps sans jamais répondre.

7 mn

Il existe, dans certaines instances ou réunions, une forme étonnamment stable de communication.

Quel que soit le sujet abordé, l'importance des enjeux, la précision des questions ou la nature des difficultés évoquées, la réponse produite présente une remarquable constance.
Non pas dans son contenu - qui varie peu - mais dans sa fonction :dire quelque chose qui n'est jamais directement la réponse.

La biographie comme outil de gestion.

La scène est familière: Une préoccupation est exposée, avec ses implications concrètes, ses effets collectifs, parfois même ses documents d'appui. La réponse arrive alors, dense, fluide, maîtrisée… et biographique.

On apprend qu'un engagement est total, que les journées sont longues, que les semaines le sont davantage encore.
Le récit impressionne. Il force le respect. Il occupe l'espace.

Mais il répond à une autre question que celle qui a été posée.

Car si l'on peut admirer l'endurance, celle‑ci ne constitue pas une politique, pas plus qu'un agenda saturé ne fait office de démonstration.

Le temps long comme pièce justificative.

Vient ensuite la variable temporelle.
Le nombre d'années écoulées, l'accumulation de fonctions, la traversée de plusieurs époques organisationnelles.

Le message est subtil, mais parfaitement audible :

Puisque le temps a passé, la discussion est close.
Il ne s'agit pas ici de contester la valeur de l'expérience, ce serait absurde, mais d'observer qu'elle est parfois mobilisée comme un raccourci argumentatif.
Le vécu remplace alors l'analyse, et la longévité dispense de l'explication.

L'ancienneté devient un point final.

Le respect, cet argument qui n'en est pas un.

Lorsque, malgré tout, la question persiste, une ultime ressource peut être mobilisée : le respect institutionnel.

Il n'est plus question de contenu, mais de posture. La discussion quitte le terrain des faits pour rejoindre celui du rappel à l'ordre symbolique.

Le respect est invoqué, parfois solennellement, parfois administrativement, comme s'il pouvait être consigné, à défaut d'être partagé.

Or le respect n'est pas un article de procédure.
Il ne s'écrit pas dans un compte rendu, pas plus qu'il ne s'impose par décret.
Il se construit - lentement - par la qualité de l'échange et la pertinence des réponses.

Une mécanique parfaitement huilée.

Pris séparément, chacun de ces registres peut avoir du sens.
Ensemble, et surtout répétés à l'identique, ils produisent un système clos.

La question appelle une réponse.
La réponse appelle l'admiration.
L'admiration dissout la question.
Le cycle est complet.

À force, le dialogue ressemble moins à un espace de travail qu'à une liturgie.
Les mêmes séquences, les mêmes rôles, les mêmes formules implicites.

Rien ne dérape. Rien n'avance.

Quand parler beaucoup permet de ne pas traiter le fond.

Le paradoxe est là : jamais le temps de parole n'a été aussi long, et jamais les réponses n'ont été aussi courtes - sur le fond.

C'est une parole routinière et attendue : celui qui permet d'occuper l'instance sans s'exposer à la contradiction, de clore sans conclure, de répondre sans répondre.

Pendant ce temps, les préoccupations demeurent. Elles attendent une analyse, des éléments précis, des arbitrages explicites mais autre chose qu'un récit.

En conclusion.

Une organisation ne se décrédibilise pas par le travail qu'elle accomplit, ni par le temps qu'elle y consacre.
Elle se fragilise lorsqu'elle confond l'effort avec la réponse, l'expérience avec l'argument, et le respect avec le silence attendu.

À la fin, ce ne sont pas les biographies qui rassurent, ni les années qui résolvent les difficultés. Ce sont les réponses apportées aux questions posées.

Et celles‑ci, contrairement aux récits, ne gagnent jamais à être répétées sans être examinées.

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