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L'étrange mécanique de l'épuisement ordinaire

L'étrange mécanique de l'épuisement ordinaire

6 mn

Ils parlent, répètent, s'emportent, promettent.
Pendant ce temps, le travail s'abîme, les professionnels s'épuisent et les problèmes sont méthodiquement cachés.
Ce texte ne cherche pas à rassurer. Il tourne en rond, comme le système qu'il décrit, et invite à une réflexion collective devenue urgente.

Il est des climats professionnels qui s'installent non dans la clameur d'un effondrement brutal, mais dans une battologie persistante, une répétition sempiternelle des mêmes discours, des mêmes justifications, des mêmes rodomontades managériales. Tout se dit, se redit, se contredit parfois — controuver devient presque une méthode — jusqu'à produire une forme d'hébétude collective, un état quasi hypnagogique où chacun agit sans plus vraiment comprendre pourquoi. Un solipsisme organisationnel s'installe alors, où la parole dirigeante ne s'adresse plus qu'à elle-même, sourde à toute altérité.

La direction, péremptoire dans ses certitudes, se proclame dotée de compétences supérieures, érigeant son savoir en dogme abscons et pondéreux, tout en dénonçant sa propre surcharge, son épuisement, sa condition presque valétudinaire. Cette posture, oscillant entre blandice melliflue et accès de protervité coruscante, masque mal une pusillanimité structurelle : celle qui consiste à lanterner, à lantiponner, à éviter d'obvier aux difficultés réelles, quitte à laisser prospérer une gabégie manifeste des ressources humaines, temporelles et intellectuelles.

Les problèmes ne sont pas traités, ils sont escamotés, ombombrés, relégués dans le non-dit, sous le tapis d'un silence organisé. Ce silence, pourtant, n'est jamais neutre : il est inique, chargé de contumélies à peine voilées, de cris, parfois de paroles blessant l'amour propre, assénées dans un mélange de colère saturnine et de fausse autorité. On feint la maîtrise par la prétérition, on nie ce que tout le monde voit, on transforme l'évidence en imponderabilia, jusqu'à frôler une forme de vésanie managériale, où l'irrationnel se pare des habits de la raison.

Face à cela, les professionnels avancent à bas bruit. Fatigue, démotivation, épuisement : un truisme, dira-t-on. Et pourtant, cette évidence est traitée comme une inanité, un détail sans importance. Leur parole est accueillie de manière obséquieuse quand elle conforte le récit officiel, ou rejetée comme un farrago confus dès qu'elle dérange. On leur reproche implicitement de ne pas tenir, alors même que la structure elle-même se délite, cacochyme, affaiblie, incapable de soutenir celles et ceux qui la portent.

Tout devient alors atermoiement, manducation lente du temps et des énergies, prolixité des réunions sans effets, accumulation de mots là où il faudrait des actes. La direction s'emporte, se justifie, se plaint encore, répétant son récit jusqu'à l'usure, prisonnière de sa propre battologie, tandis que les agents sombrent dans une lassitude muette.

Ce texte lui-même, volontairement circulaire, tourne, revient, s'enlise. Il n'apporte pas de solution immédiate. Il reflète une situation qui se répète, se fige, se durcit. Peut-être est-ce là l'enjeu réel : sortir de cette spirale, rompre avec le solipsisme, nommer la gabégie, reconnaître la vésanie lorsqu'elle s'installe, et refuser l'état cacochyme d'un système à bout de souffle pour engager enfin une réflexion collective sincère.

Car tant que l'on confondra autorité et cris, compétence et déni, discours et action, cette mécanique continuera — sempiternelle — à user les femmes et les hommes qui la font pourtant tenir.

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