REJOIGNEZ UN SYNDICAT ACTIF AUX HÔPITAUX DU MASSIF DES VOSGES: FO, le seul syndicat qu'il vous FO !

Un doux euphémisme... Comment adoucir pour aveugler!

Un doux euphémisme... Comment adoucir pour aveugler!

8 mn

"Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots." - Jean Jaurès

Définition

L'euphémisme est une expression atténuée d'une notion dont l'expression directe aurait quelque chose de déplaisant, de choquant.

Contexte

Dans le tumulte des organisations modernes, le langage n’est jamais neutre. Il devient un outil de pouvoir, un mode de gouvernance. Dans les secteurs soumis à des tensions extrêmes comme la santé, les euphémismes agissent comme des masques linguistiques, édulcorant des réalités douloureuses et rendant insaisissables les dynamiques de souffrance et de domination.

Une anesthésie verbale

L'euphémisme devient un analgésique du réel. En évitant les termes frontaux, on minimise. Comme le rappelle la sociologue Danièle Linhart : " Le management contemporain invente un vocabulaire qui maquille les contraintes et embellit les décisions." Ainsi, un "redéploiement de personnel" atténue la violence d'un sous-effectif chronique, tandis qu'un "ajustement organisationnel" cache une réduction drastique de moyens.

Un instrument managérial

Ce langage n’est pas une maladresse : il est pensé, intégré, stratégique. « Le discours managérial est conçu pour neutraliser les affects et désamorcer les conflits », souligne le psychologue du travail Christophe Dejours. L’euphémisme devient alors un rempart, protégeant les décideurs des critiques et entretenant un sentiment d’acceptabilité.

Impacts psychologiques sur les professionnels

Quand les mots deviennent flous, la réalité se trouble. Les soignants en viennent à douter de leurs ressentis. Un grand nombres de professionnels de santé pourraient témoigner... "C'est passager", "Vous êtes peut être fatigué", "C'est une période compliquée", "C'est vous qui le ressentez comme ça"... Autant de phrases pour éviter de prononcer les mots "mal-être", "dépression", "surcharge de travail" ou "burn-out". Ce glissement lexical participe d’un isolement émotionnel, où la souffrance devient indicible, donc invisible.

Auto-censure et dépolitisation

L’usage constant d’expressions édulcorées dépolitise la parole collective. « À force de ne plus nommer, on ne pense plus. Et quand on ne pense plus, on ne se bat plus », écrit la philosophe Cynthia Fleury, évoquant les risques d’un langage fonctionnel et désincarné dans les institutions. La formulation douce devient alors un outil d’oubli.

Résistance par le langage

Certains refusent cet endormissement lexical. Le collectif Inter-Urgences, dans son appel de 2019, écrivait : « Nous refusons de parler de ‘désorganisation temporaire’. Ce que nous vivons, c’est de la maltraitance institutionnelle. » Ces prises de position montrent combien le choix des mots peut être un acte de résistance.

Redonner du poids aux mots pour redonner du sens au travail

Le langage structure le réel. Lorsqu’il devient stratégie d’occultation, il alourdit les maux au lieu de les soulager. Dans un monde professionnel en tension, et tout particulièrement dans les métiers du soin, lorsque certains évoquent une histoire de sémantique, FO pense qu'il est primordial de redonner aux mots leur justesse. C’est une nécessité éthique, humaine.

Des exemples concrets

"Une tension relationnelle" est une situation de conflit voir de harcèlement.

"Une montée en compétences" est aussi une obligation de formation pour rester "employable".

"L'optimisation des ressources" est une surcharge de travail pour les équipes restantes.

"Un réajustement de l'offre de soins" peut être une fermeture de lits ou de structure.

"Un plan d'efficience" est un plan d'austérité économique.

"Un effort de mutualisation" est une fusion qui aboutit à une surcharge de travail et une dilution des responsabilités.

"Une rationalisation des processus" est une réduction de moyens humains et/ou matériels.

"Un recentrage stratégique" peut être un abandon d'activités voir une fermeture de service.

"La gestion dynamique de plannings" est un remaniement permanent et une flexibilité imposée aux agents.

"L'amélioration du parcours patient" est le plus souvent une suppression d'étapes coûteuses à la prise en charge du patient.

"Le risque psycho social faible à modéré" évoque un climat toxique potentiellement dangereux.

"Les usagers" et les "clients" sont avant tout des patients!

J'adhère