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VIDÉO: Pourquoi parle-t-on désormais des « habitants » d’EHPAD plutôt que des « résidents » ?

VIDÉO: Pourquoi parle-t-on désormais des « habitants » d’EHPAD plutôt que des « résidents » ?

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Quand un mot en dit long...

Dans le secteur médico-social, le vocabulaire n’est jamais neutre. Depuis quelque temps, une tendance se dessine dans les établissements pour personnes âgées : on ne parle plus seulement de « résidents », mais d’« habitants ». Ce changement, apparemment anodin, est en réalité porteur de sens. Il traduit une volonté profonde : replacer la personne âgée au cœur de son lieu de vie, en tant qu’individu à part entière, et non plus comme un simple usager.

Mais derrière cette intention louable, ce glissement de mot fait aussi débat. Peut-on vraiment parler d’« habitant » dans un environnement aussi institutionnalisé ? Le changement de vocabulaire reflète-t-il une transformation réelle ou masque-t-il encore des limites bien concrètes ? Tentons d’y voir plus clair.

Le mot « habitant » : une volonté de redonner un chez-soi

Parler d’« habitant », c’est affirmer que l’EHPAD n’est pas un simple lieu de passage, mais le nouveau domicile de la personne âgée. Cela signifie qu’elle doit pouvoir s’y sentir chez elle, y exprimer ses préférences, y recevoir ses proches, y exercer ses choix de vie autant que possible.

Ce terme vient rompre avec une vision trop médicale ou institutionnelle de l’EHPAD, longtemps perçu comme un lieu de soins avant tout. Aujourd’hui, les établissements évoluent vers des projets de vie centrés sur la personne, intégrant bien-être, lien social, rythmes individuels et participation à la vie de la structure.

Un exemple inspirant : l’EHPAD de Kersalic à Guingamp

Dans les Côtes-d’Armor, l’EHPAD de Kersalic a pris ce virage de plein fouet. Là-bas, les personnes âgées sont appelées habitants, les soignants sont des « souffleurs de vie », et l’environnement est pensé comme un village vivant : une place centrale, un café, une mini-poste, des animaux… Un modèle qui a fait ses preuves, avec des habitants plus épanouis, une diminution des traitements médicamenteux, et un fort intérêt du public.

Ce type d’initiative montre que le mot “habitant” peut refléter une réalité vécue, quand il s’accompagne d’un véritable engagement dans l’organisation, l’architecture, la philosophie d’accompagnement.

À contrario : quand le mot ne suffit pas

Mais tout le monde ne partage pas cet enthousiasme. À contresens, certaines voix s’élèvent pour mettre en garde contre un usage symbolique mais trompeur du mot « habitant ».

Car dans de nombreux établissements, la vie quotidienne reste fortement encadrée : horaires collectifs, protocoles de soin stricts, manque de personnel, peu de possibilités de personnalisation des espaces… Autant de limites qui empêchent encore une véritable autonomie.

Certains professionnels soulignent que l’institution demeure une institution, et que le terme « habitant » peut, dans certains cas, masquer une réalité toujours marquée par des contraintes organisationnelles lourdes.

D'autres rappellent que l’usage des mots doit être accompagné d’actions concrètes, de moyens humains, de temps pour écouter, adapter, accompagner.

Un enjeu de fond : réinventer l’EHPAD

En réalité, le débat va bien au-delà d’un simple mot. Il pose la question : que signifie « habiter » un lieu quand on est très âgé, parfois dépendant, dans un cadre collectif ?

L’enjeu est donc de construire des lieux où l’on peut continuer à choisir, à décider, à appartenir à une communauté, tout en bénéficiant de l’accompagnement nécessaire. Cela suppose une réflexion collective, éthique, sociale, sur la place que notre société accorde à ses aînés.

En conclusion

Oui, parler d’« habitants » en EHPAD est une avancée symbolique importante. C’est reconnaître la personne âgée comme sujet de sa propre vie, même en situation de fragilité. Mais pour que ce mot ait un véritable sens, il doit s’incarner dans des pratiques, des organisations et des environnements adaptés.

Changer les mots est un début. Changer les regards et les conditions de vie est un chemin.

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