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Prime au mérite... ou concours de l'absurde ?

Prime au mérite... ou concours de l'absurde ?

6 mn

Les professionnels des HMV pensaient avoir déjà tout vu. Les restructurations, les sous-effectifs, les injonctions contradictoires, les économies déguisées en projets innovants... Mais la direction a réussi un nouvel exploit : inventer une prime dont l'attribution serait conditionnée à l'obtention d'une certification.

Il fallait y penser

Après tout, pourquoi reconnaître le travail réel quand on peut créer un filtre supplémentaire ?

Pourquoi considérer les années d'expérience, l'engagement quotidien, les week-ends travaillés, les remplacements de dernière minute, les situations de crise gérées dans l'urgence, lorsque l'on peut inventer un obstacle administratif de plus ?

Des possibilités infinies

Pourquoi ne pas attribuer la prime uniquement aux agents nés un 30 février ?

Pourquoi ne pas la réserver aux professionnels portant des baskets, tout en excluant ceux qui portent des crocs ? Chacun sait que la qualité des soins dépend directement du choix de la semelle.

On pourrait également décider que les agents chauves sont inéligibles. Ou au contraire qu'eux seuls la méritent. Le résultat serait tout aussi cohérent.

Autres pistes de réflexion pour les prochains groupes de travail :

  • Prime accordée aux agents capables de réciter l'alphabet à l'envers.
  • Prime réservée aux personnes dont le prénom contient exactement trois voyelles.
  • Prime attribuée uniquement les années bissextiles.
  • Prime exceptionnelle pour les agents qui comprennent toutes les notes de service du premier coup.
  • Prime pour ceux qui parviennent à assister à une réunion sans entendre les mots « optimisation », « mutualisation » ou « contraintes budgétaires ».
  • Prime réservée aux personnes capables de remplir trois tableaux Excel simultanément tout en répondant au téléphone.
  • Prime attribuée aux agents dont le nombre de pas quotidiens correspond exactement à leur numéro de matricule.
  • Prime spéciale pour ceux qui continuent à croire que leur investissement sera un jour reconnu.
    À ce stade, il faut bien reconnaître que ces critères auraient au moins le mérite d'assumer franchement leur absurdité.

Le véritable problème n'est pas la certification elle-même

Le problème, c'est le message envoyé.

Encore une fois, la direction semble considérer que l'engagement des professionnels n'est jamais suffisant. Qu'il faut toujours mériter davantage ce qui devrait simplement relever de la reconnaissance du travail accompli.

Comme si les équipes de terrain devaient sans cesse prouver leur valeur pendant que ceux qui prennent les décisions n'ont, eux, aucun examen à passer pour démontrer qu'ils comprennent la réalité des services.

Les professionnels des HMV ne demandent pas une faveur.

  • Ils demandent du respect.
  • Ils demandent que leur implication soit reconnue sans qu'on leur impose des conditions toujours plus déconnectées du terrain.
  • Ils demandent que l'on cesse de transformer chaque mesure de reconnaissance en parcours d'obstacles.

À force d'inventer des critères toujours plus artificiels, la direction prend le risque de démontrer une chose : non pas son exigence, mais son mépris.

Les agents des HMV ne sont ni des chiffres, ni des lignes budgétaires, ni des variables d'ajustement.

Ils sont les femmes et les hommes qui font vivre les établissements au quotidien.

Il serait peut-être temps que la direction descende de sa tour d'ivoire, regarde la réalité en face et comprenne enfin une évidence : la reconnaissance ne se conditionne pas, elle se doit.

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