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Besançon : un EHPAD expérimente-t-il le « télétravail » pour ses personnels paramédicaux de nuit ?

Besançon : un EHPAD expérimente-t-il le « télétravail » pour ses personnels paramédicaux de nuit ?

13 mn

Dans la nuit du 8 au 9 août 2026, la Résidence Granvelle de Besançon aurait connu une situation particulièrement préoccupante : les professionnels programmés pour assurer la nuit n'auraient pas pris leur poste.

Pour les familles, cet épisode pose une question essentielle : comment un EHPAD accueillant des personnes âgées dépendantes peut-il se retrouver sans présence humaine pendant plusieurs heures ?

L'affaire fait aujourd'hui grandir l'inquiétude autour de la Résidence Granvelle, EHPAD privé commercial situé à Besançon et géré par DomusVi. L'établissement dispose de 98 chambres individuelles et accueille notamment des personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer ou de pathologies apparentées.

Selon les éléments rapportés par les familles et relayés dans la presse locale, aucun salarié n'aurait assuré son service durant la nuit du 8 au 9 août 2026.

Une situation que la direction aurait elle-même reconnue, en indiquant que les professionnels programmés pour assurer le service de nuit « n'ont pas assuré leur prise de poste ».

Pour les proches des résidents, cette situation est extrêmement difficile à accepter.

Près d'une centaine de résidents potentiellement sans surveillance

La Résidence Granvelle dispose de 98 chambres individuelles et accueille des personnes âgées présentant des niveaux de dépendance variables. L'établissement dispose également d'une unité Alzheimer et de plusieurs unités de vie adaptées aux personnes présentant des troubles cognitifs.

Dans un tel établissement, la présence des professionnels pendant la nuit n'est évidemment pas une simple question de confort.

Une chute, un malaise, une désorientation, une décompensation médicale ou encore une situation d'urgence peuvent survenir à n'importe quel moment.

C'est précisément pour cette raison que la question des effectifs de nuit est essentielle dans les EHPAD.

Les familles rapportent notamment que certains résidents auraient dû attendre plusieurs heures avant de bénéficier de l'accompagnement habituellement assuré durant la nuit. Ces témoignages devront naturellement être vérifiés dans le cadre des investigations qui pourraient être conduites.

Mais une question demeure : comment une organisation permettant l'absence totale de personnel sur une période aussi longue a-t-elle pu se produire ?

Une direction qui évoque une situation exceptionnelle

La direction de la Résidence Granvelle aurait reconnu le dysfonctionnement et présenté l'événement comme une situation exceptionnelle.

Elle affirme avoir pris les mesures nécessaires afin de sécuriser l'établissement et d'éviter qu'une telle situation puisse se reproduire.

Cette réponse ne suffit toutefois pas à rassurer les familles.

Car au-delà de cette nuit particulière, les proches interrogent désormais l'organisation générale de l'établissement et les conditions dans lesquelles sont accompagnées les personnes âgées.

Le sujet mérite d'autant plus d'attention que les données publiques montrent que l'établissement connaît un taux de rotation du personnel particulièrement élevé : 52,7 % en 2024, contre 17,6 % en moyenne nationale selon les indicateurs transmis à l'ATIH. Le taux d'absentéisme était quant à lui de 10,1 %.

Ces chiffres ne permettent évidemment pas, à eux seuls, d'établir un lien avec l'incident du 8 au 9 août.

Mais ils montrent que la question des ressources humaines et de la stabilité des équipes constitue un véritable sujet dans cet établissement.

Quand l'absence de personnel devient une question de sécurité

Dans les EHPAD, les professionnels sont confrontés quotidiennement à des situations humaines et médicales complexes.

La nuit, cette responsabilité est encore plus importante.

Un résident peut avoir besoin d'aide pour se lever, être victime d'une chute, présenter une détresse respiratoire, faire un malaise ou simplement être désorienté et chercher à quitter son unité.

Sans professionnel présent sur place, le délai de réaction peut devenir considérable.

C'est pourquoi la question ne peut pas être réduite à un simple problème d'organisation ou à une difficulté ponctuelle de remplacement.

La présence humaine auprès des personnes âgées dépendantes est une condition fondamentale de leur sécurité.

Et cette présence ne peut pas être remplacée par des dispositifs techniques, des alarmes ou des procédures.

Un établissement facturé plus de 3 400 euros par mois

La polémique prend également une autre dimension lorsque l'on regarde le coût d'hébergement.

Selon le portail officiel d'information sur les personnes âgées, le tarif affiché pour une chambre individuelle à la Résidence Granvelle commence à 3 398,40 euros par mois, hors éventuelles aides publiques.

Le site officiel de l'établissement met par ailleurs en avant un accompagnement assuré « 24 h / 24 » et la présence d'équipes attentives aux besoins des résidents.

Il ne s'agit évidemment pas de mettre en cause les professionnels qui travaillent dans l'établissement.

Bien au contraire.

Les salariés des EHPAD sont les premiers à subir les conséquences des difficultés de recrutement, de l'absentéisme, des postes vacants et des organisations dégradées.

Quand les effectifs sont insuffisants, ce sont les agents qui doivent faire toujours plus avec toujours moins de moyens, tandis que les résidents risquent de subir directement les conséquences de ces difficultés.

Les familles demandent des explications

Face à la gravité des faits rapportés, plusieurs familles se seraient regroupées afin d'obtenir des réponses précises.

Elles souhaitent notamment comprendre comment les professionnels programmés pour travailler cette nuit-là ont pu ne pas prendre leur poste et quelles mesures ont été mises en œuvre pour assurer la sécurité des résidents.

Une saisine de l'Agence régionale de santé aurait également été envisagée ou effectuée afin que les circonstances de cette nuit puissent être examinées.

Des démarches judiciaires pourraient également être engagées.

Il appartient désormais aux autorités compétentes de déterminer précisément ce qui s'est passé, quelles étaient les procédures prévues et quelles mesures ont été prises au moment où l'absence de personnel a été constatée.

Derrière Granvelle, la question des effectifs dans les EHPAD

Cette affaire dépasse finalement le seul cas de la Résidence Granvelle.

Elle pose une nouvelle fois la question des moyens consacrés à l'accompagnement des personnes âgées dépendantes.

Car derrière les tableaux de gestion, les taux d'occupation, les budgets et les indicateurs de performance, il y a une réalité très simple : un résident âgé et dépendant a besoin d'un professionnel pour l'accompagner.

Et lorsqu'un établissement ne parvient plus à garantir cette présence, ce n'est pas seulement une difficulté RH.

C'est une question de qualité de prise en charge et potentiellement de sécurité.

La Haute Autorité de santé a classé la Résidence Granvelle au niveau global B lors de son évaluation publiée en 2025, avec 16 des 18 critères impératifs atteints.

Cette évaluation constitue un élément parmi d'autres et ne permet évidemment pas de tirer de conclusion sur l'incident survenu en août 2026.

Mais elle rappelle une chose essentielle : la qualité d'un établissement ne se mesure pas uniquement à ses locaux, à ses équipements ou à ses prestations.

Elle se mesure aussi à la capacité de ses équipes à être présentes, jour et nuit, auprès des personnes qui leur sont confiées.

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