
Les instances officielles sont, par nature, des lieux de dialogue structuré. On y vient avec des mandats, des positions, des arguments. On y parle, parfois longtemps, parfois avec vigueur, mais toujours avec l'idée que le débat est utile.
Du moins, en théorie.
Acte I : le temps des stratégies
Il n'y a pas si longtemps, certaines organisations syndicales prenaient pleinement part aux échanges en instance. Les interventions étaient présentes, les positions et les réponses assumées. On sentait cette volonté d'influencer le débat.
C'était le temps des échanges stratégiques.
Le temps où chaque point à l'ordre du jour appelait une concertation et à une prise de parole.
Le temps où cette prise de parole assumée était une pratique courante.
Acte II : l'ère de la courtoisie réglementaire
Puis, progressivement, un changement de ton s'est opéré. Face à notre organisation syndicale, les interventions sont devenues plus sobres, plus lisses, plus consensuelles.
Les échanges ont laissé place aux formules polies.
Les désaccords se sont transformés en hochements de tête respectueux.
Rien de condamnable, bien sûr. La courtoisie est une vertu, surtout en instance officielle. Mais chacun a pu constater que, derrière cette politesse impeccable, le fond se faisait plus discret.
On parlait moins de positions.
Un peu moins de propositions.
Beaucoup moins de contradictions.
Intermède : l'argumentation par écho
Entre la stratégie assumée et le silence désormais bien installé, une forme particulière d'expression a également pu être observée en instance officielle.
Il s'agit d'un mode d'argumentation singulier, consistant à reprendre, avec une remarquable fidélité, les éléments de langage exposés par la direction quelques minutes auparavant. Les propos sont parfois reformulés, parfois répétés presque à l'identique, mais toujours avec une constance qui force l'admiration.
Ainsi, une analyse présentée par la direction devient une analyse « partagée ».
Une contrainte évoquée devient une évidence.
Une orientation proposée se transforme en conclusion collective.
Ce procédé présente l'avantage d'une grande sécurité : il ne nécessite ni contradiction, ni préparation, ni approfondissement, ni prise de position distincte. Il permet également de s'exprimer sans jamais s'éloigner du cadre déjà posé, ce qui, en instance officielle, garantit une parfaite stabilité du discours.
On notera que cette forme d'intervention ne crée pas de débat, n'apporte pas d'argument nouveau, ne s'oppose pas, mais qu'elle accompagne.
Lorsqu'une organisation syndicale choisit de faire sienne la parole de la direction, elle n'enrichit pas l'échange, elle le duplique.
Et lorsque cette duplication cesse à son tour, il ne reste plus que le silence.
Acte III : la découverte du silence institutionnel
Et puis, plus récemment, une nouvelle étape a été franchie.
Lors des réunions officielles, lorsque notre organisation syndicale intervient, certaines autres organisations ont adopté une posture d'une grande sobriété :
elles ne répondent plus.
Pas d'objection.
Pas de contre-argument.
Pas même une reformulation prudente.
Un silence parfaitement conforme au règlement intérieur, remarquablement constant, et d'une grande régularité.
Le silence : une position comme une autre
Il serait hasardeux d'interpréter ce silence. Nous nous en garderons bien.
Contentons-nous de l'observer.
En instance officielle, le silence n'est pas neutre. Il n'est ni un oubli, ni un incident technique. C'est un mode de participation minimaliste, qui présente un avantage certain : il ne peut pas être contredit.
Il présente toutefois un léger inconvénient : il ne produit rien.
Car les procès-verbaux, eux, sont bavards. Ils consignent ce qui est dit. Et, par contraste, ce qui ne l'est pas.
Quand la crédibilité devient discrète
Une organisation syndicale ne perd pas sa crédibilité parce qu'elle se trompe.
Elle la perd lorsqu'elle cesse d'exister dans le débat.
Les instances officielles fonctionnent sur un principe simple :
- ceux qui parlent construisent le dialogue,
- ceux qui argumentent structurent les décisions,
- ceux qui se taisent… assistent.
Il ne s'agit pas d'un jugement. C'est un mécanisme.
Conclusion (provisoirement silencieuse)
Pendant que certains choisissent la retenue absolue, d'autres continuent à intervenir, à proposer, à contester lorsque c'est nécessaire. Non par goût du bruit, mais par respect pour le rôle syndical en instance.
Nous continuerons donc à faire ce que les instances attendent de nous :
parler quand il faut parler, argumenter quand il faut argumenter, et assumer nos positions.
Le silence, pour sa part, continuera à s'exprimer tout seul.
L'histoire syndicale a toujours montré une chose :ce ne sont pas ceux qui se taisent qui font avancer les droits.
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