
20 soignants sur 26 en arrêt maladie, un climat délétère, des conditions de travail intenables… À l’EHPAD de Donzy (Nièvre), le personnel tire la sonnette d’alarme. Face à une réorganisation brutale décidée par la direction, les agents dénoncent un épuisement généralisé, une mise en danger des résidents, et l'absence de dialogue.
« Insécurité, peur et stress permanent » : les mots sont forts, mais à la hauteur du mal-être ressenti par les équipes. Aujourd’hui, près de 80 % des soignants en poste à Donzy ont cessé le travail, accablés par des conditions professionnelles devenues intenables.
Une réorganisation imposée, un personnel à bout
Derrière cette vague d’arrêts maladie, une nouvelle organisation du travail, mise en place en mars dernier, que les syndicats qualifient de destructrice. Objectif affiché : redresser la situation financière de l’établissement. Résultat : une charge de travail multipliée, un encadrement des soins qui s’effondre, et des soignants laissés sans soutien.
« Deux agents pour s’occuper de 60 résidents en journée, ce n’est pas du soin, c’est de la maltraitance institutionnelle », alerte un délégué syndical départemental.
Les agents de service hospitalier (ASH), auparavant impliqués dans les soins élémentaires, ont été écartés de ces missions. Cela a immédiatement alourdi le quotidien des aides-soignants, déjà sous pression. Et sans compter les dysfonctionnements matériels signalés : alarmes inefficaces, infiltrations, moisissures, manque de moyens de communication… une série de négligences qui aggravent encore un peu plus la situation.
Des résidents en souffrance, des soignants ignorés
Du côté des familles, l’inquiétude est palpable. Certains proches doivent pallier les manques de l’établissement, allant jusqu’à accompagner eux-mêmes les résidents dans leurs gestes quotidiens, comme les repas ou la toilette.
Une salariée, sous couvert d’anonymat, résume le sentiment général : « On est à bout. Nos résidents méritent mieux. Nous méritons mieux. Mais la direction refuse d’écouter. »
Une direction sourde aux alertes
Interrogée, la direction reconnaît fonctionner « en mode dégradé », tout en rejetant la faute sur les représentants du personnel, accusés d’entraver les projets de transformation. Elle évoque une offre de formation pour les agents concernés, censée permettre une montée en compétences. Mais pour le personnel, cela sonne creux : « Ces formations ne sont ni adaptées ni réalistes. Certaines collègues partent à la retraite dans un an, d’autres ne peuvent pas réorganiser leur vie en quinze jours. »
Une réunion de crise est prévue ce lundi 14 avril 2025 avec l’Agence régionale de santé. Les syndicats y attendent des engagements concrets : sur les moyens, sur la reconnaissance du travail, et sur l’écoute enfin accordée à celles et ceux qui font vivre l’établissement.

