
Alors que la France débat toujours de l'inscription à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale de la proposition de loi sur les quotas d'infirmières et d'aides-soignantes par malade, les syndicalistes américaines partagent leur expérience positive de cette pratique, soulignant son impact sur la qualité des soins.
Dans un paysage de santé marqué par la domination des entreprises privées en Californie, les représentantes du National Nurses United (NNU), membres de la Global Nurses United (GNU), ont été invitées par le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI) pour partager leurs perspectives lors d'une conférence de presse.
La mise en place de ratios de soignants par patients en Californie a été le fruit d'une lutte acharnée, avec une loi votée en 1999 et pleinement appliquée en 2004. Bonnie Castillo, directrice exécutive du NNU, explique : « Il a fallu mener une campagne intense, mais nous n'avons pas renoncé. Nous nous sommes battues pour obtenir que la prise en charge des malades soit individualisée en fonction de leur état. »
Les ratios fixés prévoient généralement une infirmière pour cinq à six patients, mais varient selon les services, garantissant une attention plus personnalisée. Par exemple, dans les soins intensifs, une infirmière est prévue pour deux patients, tandis qu'en pédiatrie et aux urgences, le ratio est d'une infirmière pour quatre malades. Cette approche a considérablement amélioré la qualité des soins en permettant aux infirmières de consacrer plus de temps à chaque patient, ce qui était difficile à réaliser auparavant.
Zenei Triunfo-Cortez, présidente du NNU, partage son expérience : « Avant, il fallait que je partage mes 8 heures de travail entre mes patients. Je dédiais du temps aux plus malades et moins aux autres. C’était difficile à vivre. » Mais avec l'introduction des ratios, les conditions de travail se sont améliorées, les postes vacants ont diminué, et la qualité des soins s'est accrue, se traduisant par un meilleur suivi des traitements et une réduction des réhospitalisations.
L'effet positif sur l'attractivité de la profession est indéniable. Entre 2004 et 2019, le nombre d'infirmières en exercice en Californie est passé de 268 623 à 365 171, attirant même des professionnels d'autres États américains. Cependant, en France, seuls quelques services comme la réanimation et la néonatalogie ont des ratios minimaux de soignants par patients, tandis que dans d'autres services, les ratios sont bien plus élevés, entraînant des défis en termes de qualité des soins.
Le Sénat valide l'adoption de la loi d'instauration d'un nombre minimum de soignants par patient hospitalisé. Ce texte, soutenu par le sénateur Bernard Jomier, vise à établir des ratios d'infirmiers et d'aides-soignants après avis de la Haute autorité de santé (HAS), avec des mécanismes de contrôle en cas de non-respect.
Alors que la pénurie d'infirmières s'aggrave en France, avec des milliers de postes vacants dans les hôpitaux, il est urgent d'agir. Thierry Amouroux, porte-parole du SNPI, appelle à un renforcement du système de santé et à des améliorations des conditions de travail et des rémunérations pour les professionnels de la santé. La réussite du modèle californien montre que l'instauration de quotas de soignants par malade peut être bénéfique, mais cela nécessite un engagement fort et des ressources adéquates pour être pleinement efficace.
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